La peur comme solution à l’absence des projets de société?

Article : La peur comme solution à l’absence des projets de société?
9 avril 2015

La peur comme solution à l’absence des projets de société?

Au Burundi, les rumeurs qui annoncent l’enfer sur ses terres ne cessent d’enfler sur les réseaux sociaux. L’application de messagerie Whatsapp devient une voie où toute sorte de mise en garde, terrifiantes les unes des autres, abondent en grand nombre. Il y a certainement des gens qui veulent voir le pays à l’agonie. Certains médias attisent sur cette flamme. Les conséquences ne se font pas attendre : les déplacements massifs de certains citoyens dans les pays voisins, au Rwanda notamment.

Tous les ingrédients sont réunis pour perdre le bon sens et surtout celui de la critique. L’université du Burundi, lieu hautement intellectuel, n’en est pas épargnée. Les étudiants ne veulent pas voir des policiers au sein de l’université. La cause un media de la place faisait état d’un plan macabre : éliminer physiquement tout opposant au troisième mandat du Président Nkurunziza, d’où qu’il soit, même au sein de la seule université publique du pays (selon leur source). Et si la présence de cette police était plutôt justifiée pour anticiper à une éventuelle attaque des islamistes d’Al Shebab qui menace le Burundi présent en Somalie ? Garissa devrait nous servir de leçon.

Du président qui fuirait le pays en pleine nuit, des généraux opposés au troisième mandat de Nkurunziza tués sur Facebook, des manifestations instantanées çà et là et du coup réprimés dans le sang, des armes retrouvées chez untel ou untel autre, le cocktail est à la fois explosif et difficile à passer si on garde le bon sens. Non, ce n’est pas l’effet poisson d’avril qui se prolonge, elle a plutôt commencé tôt, si c’est le cas. Toute l’année 2015 pourrait être un gros poisson d’avril pour le Burundi, attendons voir.

La peur qui nous hante, nous gouverne en même temps. On agit prudemment. On se méfie du voisin à cause de ses fréquentations, ses agissements, ses dernières sorties et quelque fois de son appartenance ethnique. Voilà ce dernier point qui nous renvoie aux années sombres de notre histoire déjà écrite à l’encre rouge sur une feuille noire. Impossible de la lire aux nouvelles générations. Eh oui, c’est vraiment une question de génération.

Nous revoilà à quelques jours des élections, aucun projet de société sous nos yeux, ni dans nos mains. C’est un leurre peut-être, et d’ailleurs comme la plupart des intellos de Bujumbura, de croire que les Burundais votent majoritairement les projets les mieux adaptés et réalistes qui leur sont présentés. Non, chacun a déjà, dans sa tête, fait le choix. Mais entre-temps le seul projet de société que nous offrent nos leaders ou nos politiques est unique, inique et identique, la peur, la terreur dans tous ses états. Prions !

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