Ma naissance

Article : Ma naissance
14 novembre 2013

Ma naissance

Ce jour-là n’était pas un jour comme les autres. Quelque chose d’inhabituel allait se produire. Des pleurs et des sourires s’étaient produits sur la même scène sans que ceux-là ne blessent personne. C’était le clou du spectacle. Un jour de début d’une histoire, de mon histoire. Un jour où la terre et le ciel avaient laissé de côté leur rivalité. Ils coalisaient, harmonisaient leurs efforts pour la réussite du produit qu’ils devaient fabriquer. Ils donnaient ainsi naissance à un spermatozoïde sans histoire dans une famille aussi sans histoire. Quand les uns sollicitaient la grâce du ciel, les autres invoquaient les noms des ancêtres. Leurs expériences étaient basées sur des faits vécus. Ils avaient tout un tas d’interdits du genre : ne pas croiser les doigts, ne pas invoquer le nom d’un ancêtre qui était peu sociable… mais il fallait faire avec. J’étais devant un très grand portail lequel j’attendais qu’il s’ouvre, soit de soi-même, soit que quelqu’un d’autre le fasse… mais pas moi. En effet, je ne savais pas ce qui se trouvait de l’autre côté du portail. Je craignais. J’avais la peur de l’inconnu. J’avais déjà attendu très longtemps que quelqu’un vienne l’ouvrir pour moi. Neuf mois exactement que j’attendais. Je ne pouvais plus tenir. Mon monde se rétrécissait. Alors il fallait frapper fort pour que quelqu’un de l’autre côté, s’il y en avait, entende mon cri de détresse, mon appel au secours.

Mon monde était semblable à celui d’un poisson. Tout autour de moi de l’eau d’où je tirais mon oxygène. J’avais passé plusieurs jours nez face au portail et ce dernier avait fini par lâcher. Mais pas facilement. Mon obsession à se faire entendre par quelqu’un de l’autre côté prenait des proportions démesurées. Et comme la nature n’aime pas qu’on la force, j’avais, par cette obsession, créé toute une série d’événements monstrueux. Certains beaucoup plus violents et qui sont allés jusqu’à déstabiliser toute une organisation, toute une nature, tout simplement ce monde dans lequel je baignais. Quand j’avais compris que personne ne passerait par là et que ce portail était ma seule sortie, j’avais cogné fort, tellement fort au point que le magma terrestre avait subi des secousses et il s’était mis à gronder. Le portail s’ouvrit tout seul et il se renferma aussitôt. Mon bassin perdait ces eaux, mais il y en avait encore pour me garder en vie quelques heures. Ces eaux d’où je tirais mon oxygène allaient me manquer. De l’autre côté, l’homme en vert que j’avais vu vivait à l’air libre. J’ai pensé que les gens de l’autre côté avaient profité de la brève ouverture pour créer un passage afin de voler mon eau. La lumière était trop éblouissante dans ce monde-là. La fermeture de ce portail était mon premier baptême, le tout premier avertissement de la Faucheuse « il fallait sortir ta tête que je t’étrangle » me soufflait-elle. C’est elle qui était passée de l’autre côté lors de la brève ouverture. Elle riait me disant en passant « bientôt ton bassin va se vider et si tu y restes, tu mourras d’étouffement. Ton espace se rétrécira. Apprends, de l’autre côté, à tirer l’oxygène de l’air ». Et là j’ai pris conscience du danger qui me guettait.

J’avais décidé de sortir le plus rapidement possible avant que les eaux ne se vident de mon bassin. Vivre de l’oxygène tiré de l’air, c’est seulement dans l’autre monde que c’est possible.

Au lieu de me laisser franchir tranquillement le portail, la faucheuse me déclara la guerre… à jamais. J’implorais toutes les forces divines connues et inconnues, tous les Saints terrestres et célestes pour qu’ils me viennent en aide, car elle s’était plantée devant le portail. Elle soufflait un vent fort à contre sens pour que le portail ne s’ouvre pas m’empêchant ainsi de le franchir. Elle voulait que je m’étouffe dans mon monde qui perdait ses eaux. Quelque temps après, la perte des eaux avait fini par m’affecter. Je me débattais comme un poisson attrapé à un hameçon aussitôt tiré de son élément vital, l’eau. Ne maîtrisant pas parfaitement mon propre milieu c’est là que j’avais foutu le bordel. J’avais frappé sur toutes les façades et cogné encore plus fort qu’au début ce grand portail pour que les gens  entendent mon cri d’impuissance et de désespoir.

Et à la faucheuse de me dire : « Je reviendrai un jour et comme toujours je sortirai vainqueur bien que tu l’aies échappé belle. Insistant sur « dans ce monde-ci je sors toujours vainqueur. En naissant, on est déjà vieux pour mourir. »

Le portail s’ouvrit après ces paroles, mais il a fallu un coup de « pousse ». J’entendais quelqu’un dire « pousse, pousse … je vois la tête ». Je sortais mon nez en premier pour respirer mon premier bol d’oxygène dans l’air et là j’ai été recueilli dans deux grosses mains ; moi pleurant.

Litt_Burundi-2

Aujourd’hui, j’ai écrit à la Faucheuse en ces termes

« Je suis sûr que tu m’auras un jour, mais pas aujourd’hui! Je fais attention à moi et je sais que tu profites souvent des faux pas. Je fais attention de ne pas en commettre… tu gagneras sûrement, mais il faudrait que j’aie des cheveux blancs, que je perde mes forces, que je n’aie plus mes jambes pour courir au cas où tu prendrais le dessus sur moi, que je perde aussi mes dents pour ne pas avoir à recourir à ma dernière stratégie : ne pas te mordre. »

Joyeux anniversaire à moi-même !

Partagez

Commentaires

orny
Répondre

"L’éducation développe les facultés,mais ne les crée pas"(Voltaire). Tres joli texte.

fontaine
Répondre

Je voudrai vous dire que c'est véritablement du plaisir de vous
lire

Alain Amrah Horutanga
Répondre

Merci beaucoup cher frère

Ngendakumana
Répondre

Woow c'est juste magnifique grand-frere,les ecrits et tout le reste!! Ca se voit a quel point tu tenais au monde d'ou tu es venu et combien tu es fier d'etre arriv E sur un autre bout de chemin nouvelle! J'admire et j'apprecie d'advantage! Bravo Monsieur encore de nouveau

Alain Amrah Horutanga
Répondre

Merci. J'avais surtout hâte