O tempora, o mores

Article : O tempora, o mores
6 février 2015

O tempora, o mores

Il existe des entretiens qui fixent ta bouche ouverte tel un hippopotame qui bâille.

Il y a quelques mois, j’ai fait une brève rencontre avec un monsieur « responsable » comme on le dit pour tout père de famille. C’était un samedi, après l’hebdomadaire travail communautaire. Samedi est aussi ce jour où certaines personnes s’adonnent aux activités sportives dans l’avant midi pour maintenir leur forme ou encore évacuer quelques gouttes résistantes d’alcool dans leur sang. Un après-vendredi, jour de dot.

Les sièges de la place de l’indépendance (mon lieu de rendez-vous), étaient presque tous occupés par des groupements sportifs, sauf un. A cet endroit, les branches d’un gros arbre faisaient ombrage au soleil. Un lieu idéal pour souffler. Je venais de parcourir mes dix kilomètres en joggant sous un soleil de plomb.

« Bonjour », le saluais-je chaleureusement à la Burundaise : une poignée de main virile. Je m’asseyais confortablement à côté de lui profitant de l’ombre créée par l’arbre au-dessus de ma tête. Intrigué par la nature qui était à la fois douce et clémente en ce lieu lieux, dure et pénible au-delà de l’ombre, je scrutais les notifications Facebook, Twitter. L’homme en tenue de sport également, lançait la conversation : « Vous n’êtes pas un Burundais ? » Et moi, j’étais surpris par ce vouvoiement.

Cette question résonne presque tous les jours dans mes oreilles parce que j’ai l’habitude de saluer les gens en Français. Chose incompréhensive quand on est Burundais. Malgré ma poignée de main virile à la burundaise, la langue m’a trahi pour me pousser à une longue explication afin de justifier ma « Burundité ». Habitué à cette question depuis maintenant huit ans, je vis avec comme ma deuxième identité. La réponse était la même : Longue. Je vous en épargne. Satisfait des explications, il profitait pour se lancer dans un slalom des questions. « Attendez-vous quelqu’une ? C’est une Burundaise ? Tu sais qu’elles (Burundaises) sont toujours en retard ?

Malgré mes innombrables refus de la tête, il reformula sa question autrement mais qui allait dans le même sens me rassurant surtout qu’il n’y avait pas de honte à avoir, j’étais devant un responsable et père de famille (entendez par là une conversation entre père et fils). Selon lui, j’étais jeune et j’avais bien le droit d’avoir des petites amies. « Alors, c’est une fille que tu attends ? Elle est en retard, je constate » ; Ses yeux rivés sur mon téléphone qui venait alors de sonner. Un SMS. « J’attends plutôt un groupe de personnes », lui répondais-je.

Mais il insistait et son insistance s’apparentait à une torture parce que j’eus fini par lui dire ce qu’il n’était pas censé savoir : « Elle ne vit pas ici. » tout en indiquant dans ma tonalité que je ne voulais pas parler de cela. Mais il s’obstinait et voulait à tout prix avoir la réponse à laquelle il s’attendait.

-Tu peux toujours avoir une autre. C’est d’ailleurs une belle occasion qu’elle soit actuellement loin de toi. Elle ne saura rien de ce qui se passe ici.

J’avais envie de lui dire : « oui monsieur, j’en ai trois autres d’ailleurs » pour qu’il me laisse tranquille mais il enchaina avec son exemple :

– Moi, je suis marié et ça ne m’empêche pas d’avoir une autre en dehors du mariage mais je le fais sans que ma femme ne le sache.

Surpris de voir avec quelle aisance il s’exprimait, l’enfant devant lui que j’étais, regrettais le temps où tout ainé était un éducateur, un bon conseiller perpétuant des valeurs. Que fait-il de son devoir de fidélité ? Comment un père de famille pouvait tenir de tels propos à son fils? Je voulais aussi à mon tour lui demander s’il avait une fille dans sa famille, lui demander sa main pour avoir un droit à l’infidélité mais il me restait encore un brin de respect envers sa personne.

Partagez

Commentaires